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Que s'est-il passé sur la dette privée ?

31.03.2026

Paul Moreno Blosseville
Président
Que s'est-il passé sur la dette privée ?Que s'est-il passé sur la dette privée ?

L'article en bref

Lorsque de grands noms de la gestion d'actifs américaine activent leurs gates, certains paniquent. Pourtant, derrière ces décisions se cache non pas une crise, mais une mécanique contractuelle pensée précisément pour protéger les investisseurs. Comprendre les BDC, leur structure et leurs contraintes de liquidité, c'est comprendre pourquoi ces dispositifs sont des garde-fous et non des signaux d'alarme.

Ces dernières semaines, plusieurs grands noms de la gestion d'actifs américaine, Blue Owl Capital, Blackstone, BlackRock, ont fait la une de la presse financière. La raison ? L'activation de leurs "gates", en réponse à un afflux de demandes de rachats de la part d'investisseurs particuliers. De quoi alimenter les inquiétudes. Mais avant de céder à l'alarmisme, il convient de comprendre ce qui s'est réellement passé.

Les BDC, ces véhicules méconnus qui démocratisent la dette privée

Les fonds concernés sont des BDC (Business Development Companies). Ces structures d'investissement, nées aux États-Unis dans les années 1980, ont été conçues pour combler le fossé entre les investisseurs particuliers et le monde, traditionnellement fermé, du Private Equity.

Leur particularité réglementaire : au moins 70 % de leurs investissements doivent être réalisés dans des entreprises américaines privées ou cotées dont la capitalisation est inférieure à 250 millions de dollars. Accessibles via un simple compte-titres, les BDC soutiennent directement l'économie réelle tout en offrant aux particuliers une exposition aux marchés privés, une démocratisation qui a séduit un nombre croissant d'investisseurs retail américains.

Les "gates" : un mécanisme de protection, pas un signal d'alarme

Comment fonctionne concrètement une gate ?

Une gate est une clause contractuelle qui plafonne le montant total des retraits autorisés sur une période donnée, généralement un trimestre. Pour la plupart des fonds Evergreen (semi-liquides) comme ceux de Blackstone ou Blue Owl Capital, ce plafond est fixé à 5 % de l'actif net total par trimestre.

Concrètement : si les investisseurs demandent collectivement à retirer 10 % des encours, la gate s'active. Le fonds rembourse les premiers 5 % au prorata des demandes et reporte le solde sur le ou les trimestres suivants.

Pourquoi cette mécanique existe-t-elle ?

Pour comprendre, il faut saisir la déconnexion structurelle qui est au cœur du sujet :

  • L'actif, ce que le fonds possède : des prêts à des entreprises de taille intermédiaire, d'une durée de 4 à 7 ans. Ces prêts ne se cèdent pas du jour au lendemain.
  • Le passif, ce que l'investisseur attend : une liquidité trimestrielle, pour pouvoir récupérer ses fonds rapidement si le marché s'agite.

Sans gate, ce déséquilibre devient préoccupant. Face à des retraits massifs simultanés, un fonds sans barrière serait contraint de brader ses prêts : vendre 100 € de dette pour 70 € simplement pour disposer de liquidités immédiates. Une "fire sale" (ou vente forcée) qui pénaliserait lourdement les investisseurs restants.

Activer une gate, c'est respecter la nature de l'actif

Si un investisseur prête de l'argent à une entreprise pour qu'elle construise une usine sur cinq ans, il ne peut pas lui réclamer un remboursement anticipé un an plus tard parce qu'il a changé d'avis. La gate est là pour rappeler cette réalité.

Lorsque Blue Owl Capital, Blackstone ou BlackRock plafonnent temporairement leurs retraits, ce n'est pas le signe d'une détérioration des portefeuilles sous-jacents. C'est la conséquence mécanique d'un décalage structurel : on a vendu de la liquidité périodique sur des actifs qui, par nature, ne le sont pas.

Les gates ne sont pas des sirènes d'alarme sur la qualité du crédit. Ce sont des dispositifs contractuels prévus précisément pour protéger la valeur de ces portefeuilles et, in fine, pour protéger l'investisseur lui-même.

Une réaction différente selon les acteurs

Face à ces demandes de rachat, tous les gérants n'ont pas adopté la même posture. Certains, comme BlackRock, ont appliqué strictement les clauses contractuelles. D'autres, comme Blackstone, ont parfois choisi d'injecter leurs propres capitaux pour honorer les demandes par souci de réputation.

Deux approches différentes, mais un même constat de fond : un fonds qui prête sur plusieurs années ne peut structurellement pas garantir une liquidité totale chaque trimestre. C'est une réalité inhérente à la classe d'actifs, pas une anomalie de marché et les gates en sont le garde-fou naturel.

Pour approfondir le sujet, retrouvez notre Président, Paul Moreno Blosseville, sur le plateau d'Actu Bourse.

Sources :
Discussions et rapports de : Ares, Apollo, Blackstone, Bridgepoint, Goldman Sachs, KKR, Morgan Stanley, Neuberger Berman, Sixth Street et Tikehau Capital.
Études Ares / Blackstone Credit / Golub Capital (structures LTV et senior secured). Preqin. Goldman Sachs Investment Research & Preqin, 2025.

FAQ sur l'article

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